L’objectif des soins palliatifs est de permettre à chacun d’entre nous d’accéder à une offre de soins adaptées,
dès que nécessaire et pas uniquement en fin de vie. Les moyens et les stratégies déployées actuellement ne
le permettent pas. Les perspectives des prochaines années montrent un besoin encore plus important. Nous
appelons à imaginer et développer des stratégies de soins adaptées aux besoins de la population.
© 2018 SOINS PALLIATIFS Lettre d’information. ISSN 2607-8627. Tous droits réservés.
Mots clés : soins palliatifs, offre de soins, stratégie, avenir.
Sans pouvoir de divination, il est bien
évidemment difficile de prévoir l’avenir de la
médecine palliative. Cependant, sur la base
d’une analyse des données disponibles,
essayons d’élaborer le scénario prévisible. Et
comme dit Maurice Blondel : « L’avenir ne se
prévoit pas, il se prépare ».
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Quelle est la situation actuelle ?
La loi du 9 juin 1999 votée à l’unanimité par le Parlement garantit un droit d’accès aux soins palliatifs pour toute personne. Cependant, en 2015, le rapport de la Cours des Comptes2  soulignait une prise en charge très incomplète.  Il constatait que les retards sont loin d’être comblés. L’accès aux soins palliatifs demeure globalement limité, et nettement moins répandu que dans certains pays étrangers occidentaux. Ce même rapport soulignait que
le développement d’une offre de soins graduée  en milieu hospitalier n’avait pas permis de résorber les inégalités territoriales. La prise en charge extrahospitalière demeure encore le parent pauvre et reste toujours à construire, que ce soit à domicile ou en établissement d’hébergement des personnes âgées  dépendantes. Les soins palliatifs précoces, dès que
nécessaires, permettent une amélioration de la survie des patients et une diminution des coûts de prise en charge. Malheureusement, on
considère toujours la médecine palliative comme un accompagnement des dernières semaines, pour une situation de fin de vie.
Demain, les prévisions montrent que dès 2020, l’augmentation prévisible du nombre de cancers du fait de la croissance et du vieillissement de la population sera de 50%. Les progrès actuels et futurs de la prise en
charge en oncologie amélioreront la survie de ces patients qui demanderont à bénéficier  d’une prise en charge palliative/soins de support. Cet accroissement sera bien évidemment, beaucoup plus important, si on
prend en compte de manière tout à fait légitime  es patients porteurs de maladies chroniques graves évolutives et non cancéreuses.
Alors, si on imagine un avenir meilleur, il est impératif de donner au patient les moyens d’accéder à une offre de soins plus importante et le plus tôt possible. Sinon, et sans être Madame Irma, on peut s’attendre à ce que les
années à venir, sans réaction audacieuse, soient difficiles avec une aggravation des  difficultés déjà présentes.

La palette doit être revue et adaptée aux  besoins de la population pour permettre un vrai accès aux soins palliatifs pour tous. Pour
atteindre cet objectif, des structures de soins doivent être développées  en les rendant modulables, communicantes entre elles et
réparties sur l’ensemble du territoire. On peut imaginer que dans chaque établissement de taille respectable, des consultations de soins palliatifs/soins de support précoces soient ouvertes et collaborent avec l’ensemble des  spécialistes prenant en charge le patient. On peut imaginer aussi quelques lits de soins palliatifs « aigus » pour des séjours de courte durée, et pour les patients qui ne peuvent pas être maintenus à domicile sans nécessiter une
prise en charge en unité de soins palliatifs (USP), des lits de moyens séjours palliatifs.
N’oublions pas le domicile moins dispendieux que l’hôpital. La grande majorité de nos concitoyens veulent une prise en charge à la maison le plus longtemps possible. Pourquoi ne pas créer des équipes mobiles de soins
palliatifs spécifiques pour le domicile ? Et lorsque les services de proximité sont rares,  permettre à ces équipes de prendre en charge directement le patient chez lui ou en institution.
Permettons enfin au patient de choisir son lieu  de vie.
Pour financer ce rêve (rêver n’est-ce pas informer l’avenir…), soyons politiquement incorrect. Redéployons les ressources d’un
curatif disproportionné par ses excès vers le palliatif moins dispendieux. Revoyons le  schéma actuel d’organisation. L’incitation financière de la tarification à l’activité a poussé  les établissements de santé à créer des lits
identifiés en soins palliatifs (LISP) sans le plus  souvent aucun renfort en personnel soignant et au détriment souvent des structures
spécialisées (USP, EMSP). Est-il pertinent de conserver ces LISP dans les conditions  actuelles ?
Oui, renversons la table et exigeons pour  demain des moyens pour un accès le plus tôt  possible à une médecine palliative de qualité.
La maladie, particulièrement lorsqu’elle est grave, altère l’Homme. Elle le change et le   dégrade. Sa liberté et ses possibilités de choix  fluctuent au gré de ses souffrances, de ses  désirs, de son ambivalence et du sens de ce
que cela représente pour lui.

 

Luc Monnin, médecin, Unité de soins palliatifs, Centre médical spécialisé Praz Coutant 74480 Plateau d’Assy
Claire Tranquart, médecin, Unité de soins palliatifs, Centre médical spécialisé Praz Coutant 74480 Plateau d’Assy

Dans 10 ans… SOINS PALLIATIFS Lettre d’information ; 8 ; juin 2018 ; p.1-2.