6.585 euthanasies ont été recensées aux Pays-Bas en 2017. Un chiffre qui progresse régulièrement et concerne de plus en plus de personnes souffrant de troubles psychiatriques, de démence ou de polypathologie.

Historiquement, le Pays-Bas est le premier pays européen à avoir autorisé l’euthanasie. Cette pratique y est légale depuis seize ans. Depuis cette légalisation, le nombre d’euthanasie a plus que triplé pour atteindre 6.585 actes en 2017, soit 4,4% des décès recensés dans le pays, d’après le rapport annuel du Regionale Toetsingcommissies Euthanasie, les comités régionaux d’examen de l’euthanasie.

À La Haye, la Levenseindekliniek (LSK), littéralement la clinique « de fin de vie », établissement dédié à la pratique de l’euthanasie, l’augmentation de l’activité  est alarmante. Les médecins de la LSK ont euthanasié 751 personnes en 2017, soit 264 (ou 54%) de plus qu’en 2016. Un chiffre d’autant plus inquiétant que nombre d’entre elles souffraient principalement de troubles psychiatriques, de démence ou de polypathologie.

Les pouvoirs publics alertés

Cette hausse relance le débat des critères définis par la législation pour pouvoir être euthanasié. D’après la procédure retenue, le patient doit être conscient et victime de « souffrances insupportables et sans perspectives d’amélioration » ou inconscient mais ayant déposé une demande anticipée. Parce que l’évaluation d’une telle demande d’euthanasie est complexe, l’intervention d’un psychiatre indépendant pour juger de la capacité de discernement et du caractère inapaisable de la souffrance du patient est cruciale.

L’année dernière, plus de 450 médecins ont signé une pétition demandant d’interdire l’euthanasie de patients atteints de démence sur la simple base d’une déclaration anticipée. En signant ce document, ils ont voulu exprimer leur refus « de mettre fin à la vie d’êtres humains sans défense ». Plusieurs psychiatres ont également alerté les pouvoirs publics sur cette fameuse « clinique de fin de vie ». Mise en place en 2012 par l’Association néerlandaise pour une fin de vie libre (NVVE), la Levenseindekliniek est une structure relativement moderne. Elle est aujourd’hui fortement critiquée car ses praticiens euthanasieraient des patients psychiatriques alors que « tout n’aurait pas été tenté pour les soigner ».