Quelques réactions :

SFAP – COLLEGE DES ASSOCIATIONS DE BENEVOLES D’ACCOMPAGNEMENT
Paris, le 25 avril 2018
En réponse à Madame Christine Angot,

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“Quand Christine ANGOT diffame sans états d’âmes des bénévoles en soins palliatifs”

lire l’article du FIGARO du 26 avril 2018

 

“Consternante, Christine Angot”

Article de Koztoujours.fr, 25 avril 2018

Passe encore, Christine Angot, que vous ayez obtenu votre tabouret de chroniqueuse après une séquence où seul le ridicule rivalisait avec la hargne que vous manifestiez. Je ne m’étonne plus des tares médiatiques, quand la capacité à provoquer du bruit supplante celle de générer du fond.

Passe encore, Christine Angot, que vous vous acharniez sur quelque comédien, chanteur ou écrivain, victimes à demi-consentante de votre petit théâtre de la méchanceté. Ils y passeront un mauvais moment, chacun le sait, chacun l’attend, mais ils gagneront en notoriété d’une main ce qu’ils auront sacrifié de dignité de l’autre. Cela fait bien longtemps que je me passe de votre bal funeste si je l’ai jamais regardé, bien longtemps que je me refuse à céder à la promotion hebdomadaire du dernier « clash » à votre actif.

Mais vous vous êtes mis en tête de calomnier, dans votre absurde jeu de massacre nihiliste, des personnes parmi les plus admirables, gardiens du sens quand l’absurde semble gagner : les bénévoles en soins palliatifs, et c’est parfaitement odieux.

C’était une belle opération de propagande, rondement menée. Recevant Jean-Luc Romero, Laurent Ruquier a d’abord exécuté le pourtant consensuel Jean Leonetti. Lui avait obtenu de rares votes unanimes avec les lois qu’il a portées, quand l’unanimité n’a régné sur votre plateau que faute de la moindre contradiction, de la plus petite opposition. Dans une émission qui voudrait se parer d’impertinence, Jean-Luc Romero a déroulé son idéologie sur un plateau servi avec complaisance par Laurent Ruquier et lustré par un Yann Moix chargé d’hagiographie, avant que vous n’entrepreniez de diffamer lâchement des bénévoles dévoués, absents du plateau.

Prétendant « vous être un peu renseignée », vous avez mis en accusation une association, Jalmalv (Jusqu’à la mort, accompagner la vie), association de bénévoles en soins palliatifs. Des gens qui prennent le temps d’accompagner une fin de vie que notre société voudrait ignorer, d’être présent auprès de nous dans notre ultime fragilité, quand nous souffrons, quand nous angoissons, le temps de tenir la main d’hommes et de femmes dans la plus grande fragilité physique et psychologique, au seuil de la mort. Ils sont là, eux, pour entendre les peurs, pour accepter la détresse et la révolte encore, même contre eux, parfois. Ils sont là, eux, quand des enfants ne font plus les quelques kilomètres qui les séparent de leur proche en partance. Ils entendent, ils écoutent, ils accueillent, ne jugent pas et vous, sur votre tabouret, vous avez entrepris de souiller leur travail devant votre audimat. Que vous répandiez votre fiel depuis des semaines, passe encore, mais pas sur eux. Pas sur eux.

Vous les avez accusés pêle-mêle d’être une association de « catholiques intégristes », d’être un « lobby » qui s’insinuerait dans tous les services de soins palliatifs pour dissuader les patients de recourir à la sédation, finançant… fauteuils et tasses à café. Tissu d’absurdités, de non-sens, de mensonges.

Jalmalv est « un mouvement associatif laïque, sans appartenance confessionnelle, politique ou philosophique, ouvert à des personnes venant de tous les horizons et partageant ses valeurs » (source). La fédération est reconnue d’utilité publique depuis vingt-cinq ans, elle est aussi la première association d’accompagnement à avoir obtenu l’agrément national au titre des associations et unions d’associations représentant les usagers dans les instances hospitalières ou de santé publique (arrêté ministériel du 6 mars 2007). Qu’il y ait des catholiques en son sein est une évidence, comme il y en a dans la société française, comme il y en a partout où il y a détresse et fragilité : auprès des étrangers, auprès des prostitués, auprès des pauvres, auprès des malades, auprès des prisonniers. Comme il y a chez Jalmalv des bénévoles de toutes autres convictions religieuses ou philosophiques.

Mais vous aviez besoin de les taxer d’être catholiques pour insinuer l’idée – appuyée par l’évocation décalée de la péridurale – qu’ils seraient partisans d’une fin de vie dans la souffrance. Non-sens. Détestable et méprisable accusation. Comment le pourraient-ils quand, précisément, tout l’objet des soins palliatifs est de combattre la douleur, soulager la souffrance physique et psychologique ? Comment le pourraient-ils alors que la raison d’être de leur engagement est de se battre contre toute souffrance pour assurer une fin de vie… qui soit encore la vie ?

Ces bénévoles s’insinueraient dans les services pour dissuader les patients de recourir à la sédation ? Propos absurde et diffamatoire, que rien ne vient étayer. Si l’association s’inquiète de ce que la sédation profonde et continue puisse devenir une euthanasie masquée, avec les mêmes dérives, elle accompagne avec un grand respect les patients dans ce choix, ainsi que la famille, comme en témoigne son site. Elle diffuse également les informations et formulaire nécessaires pour l’établissement de directives anticipées. Alors que dire de votre exemple, dont le grotesque dispute au méprisable ? Ils « financeraient fauteuils et tasses à café »… Grands dieux ! Des fauteuils et des tasses à café ! Il faut un esprit tortueux pour y voir malice. Car s’ils fournissent fauteuils confortables et des tasses à café (et pas logotypés), c’est pour permettre aux familles de passer ces moments terribles avec un peu de confort, un peu de chaleur et si c’est eux qui le font, c’est parce que notre système de santé ne le finance pas.

Et vous parlez d’un lobby, quand Jean-Luc Romero est présent sur tous les plateaux, quand il est reçu par Richard Ferrand (président du groupe LREM à l’Assemblée) alors que les acteurs des soins palliatifs attendent toujours, quand le Conseil Économique et Social rend un avis aussi absurde que partisan

Surtout, si vous vous étiez « un peu renseignée », vous auriez peut-être appris que le bénévolat en soins palliatifs est le bénévolat le plus encadré en France, depuis une loi du 7 juin 1999, dont l’article 10 est désormais l’article L1110-11 du Code de la Santé Publique. Il impose en tout état de cause aux associations de bénévoles d’être dotées d’une charte comportant « notamment le respect des opinions philosophiques et religieuses de la personne accompagnée, le respect de sa dignité et de son intimité, la discrétion, la confidentialité, l’absence d’interférence dans les soins ». Le même article impose aux associations de conclure avec les établissements de santé une convention conforme à un modèle établi par décret en Conseil d’Etat, et prévoit qu’à défaut de respecter cette convention, le directeur de l’établissement ou à défaut le directeur général de l’agence régionale de santé « interdit l’accès de l’établissement aux membres de cette association ». On ne « s’insinue » pas dans les services de soins palliatifs, on n’y fait pas ce que l’on veut, on n’y dit pas ce que l’on souhaite, on n’y propage pas des convictions personnelles, religieuses ou philosophiques… ou l’on s’en fait exclure.

*

On peut tout vous pardonner, Christine Angot. On peut fermer les yeux sur votre agressivité chronique. Parce qu’ainsi va l’insignifiant et misérable spectacle médiatique. Mais pas là-dessus. Quand on bavarde à défaut d’agir, on endosse au moins la responsabilité de ne pas nuire aux acteurs véritables. Par des mots ignorants et tranchants dans un domaine d’infinie sensibilité, vous avez souillé l’engagement discret et patient de centaines de bénévoles, présents en silence, mais absents des plateaux télé. Vous nuisez à leur rôle essentiel, vous instillez le soupçon et la défiance dans cette relation toujours délicate, ce lien si fragile, entre un patient en fin  de vie et le bénévole qui vient l’accompagner, qui vient l’aimer. Comment osez-vous ?!

Les soignants, les patients et leurs familles, ne s’y trompent pas, eux qui savent ce qu’ils vivent.

Et de quoi ils parlent.